Formés en 1980, le concept Whitehouse revient cette année avec un nouvel album "Asceticists 2006". Depuis le renvoi de Peter Sotos le groupe indus culte mené par William Bennett présente une nouvelle formule live du Whitehouse : humour, danse à la coil, transe, spectacle, animation, discours, lightshow... et bien sùr, white-noise surpuissant ... une approche psychiatrique et presque psychédelique de Whitehouse. Il semblerait que l’influence du soleil thailandais et la joie de vivre des filles de Pattaya ont rendu à Benett quelque chose de précieux : le gout à la vie et le sourire .. surprenant... ne nous avançons pas trop vite quand même. En concert au Point Ephémère les 2 et 3 juin 2006. Report video ici-même.
WHITEHOUSE... que dire, qu’écrire encore ? Tout a déjà été dit et redit. Whitehouse a été le pionnier d’un genre improbable : le power electronics, à l’époque où la musique industrielle avait déjà connu ses grandes heures (Throbbing Gristle, SPK, Monte Cazzaza, Cabaret Voltaire etc.) Whitehouse est l’amalgame et la continuation ulta-radicale de tous ces différents courants. De TG ils retiennent les tactiques de choc et l’exploration a-morale des déviances humaines, de SPK l’extrémisme sonore du premier LP (Information Overload Unit) ainsi que le goût pour l’esthétique froide de la violence fétichisée et clinique, de Cazzaza, la folie provocatrice qui fera leur réputation. Bennett a lu Sade, et il a compris que le libertin est celui qui vit dans un monde dévasté que seul son plaisir guide. Whitehouse joue de la provocation, certes, mais pas seulement. Loin des clichés d’une violence de supermarché, Whitehouse c’est avant tout une perception differenciée de l’espace et du temps : saturation maximale et intensité radicale. Whitehouse c’est l’énergie du son alliée à l’utlra-intensification neuronale : écouter un disque de Whitehouse, c’est entrer dans la sensation pure, dans le désir déshinibé, c’est rompre radicalement avec l’ordre positif de la vie sociale.
Au milieu des 80’s, à l’heure de l’activité du premier Whitehouse, le punk est déjà mort, ayant muté en stase tribale et en vulgaire fétichisme marchand (crêtes et crachats standardisés) d’un côté, en moralisme politique abject de l’autre (qui se prolongera notamment dans l’infâmie du "rock alternatif" en France, patrie de Mitterand et du RMI). Whitehouse, sur les décombres de cette révolution avortée, reprend donc à son compte les armes de l’industriel décomposé (TG est mort en 1981, SPK agonise) et forge un monstre dévastateur : entre larsens abrasifs, ultra-sons anxiogènes, les sujets abordés sont constamment de l’ordre de l’innomable (meurtre, viol, sadisme, violence, génocide). La mise en scène sonore ne l’est pas moins : terrorisme analogique total, power noise total. Whitehouse crée donc la rupture ; une rupture qui ne sera plus jamais colmatée. Bennett rejoint en quelque sorte le meilleur du surréalisme dans son exploitation du potentiel sadien (il projette d’ailleurs des extraits de Bunuel lors des premiers concerts, et son ami Jordi Vals, de Vagina Dentata Organ, se définit comme "surréaliste catalan"), notamment dans une collaboration mythique avec Steven Stapelton de Nurse With Wound qui donne le LP "Les 150 passions meurtrières" - qui met en anti-musique l’un des textes les plus radical de toute la littérature mondiale.
Whitehouse ou le désir à l’état pur, n’a jamais dévié de sa voie. La rupture avec le monde de la musique sous toute ses formes, avec l’humanité et la morale, tel a été son but. Comme un maniaque obsessionel, Bennett a entrepris d’explorer son âme putride et ses goûts obscènes, il a décidé d’être un homme total, souverain, que rien n’entraverait. La musique et l’oeuvre au noir de Whitehouse en témoigne : bienvenue en enfer.